L'├ęcole est-elle un service public?

L'├ęcole est-elle un service public?

Par Thierry Kakouridis

Le SNES et bien d'autres disent vouloir défendre le "service public de l'éducation".
Mais l'éducation est-elle un service public, au même titre que la SNCF, la poste ou EDF ?
Les élèves (et leurs parents) sont-ils de simples usagers (certains disent "clients"), qui ont droit à une prestation dès lors qu'ils payent ?
Et les professeurs sont-ils donc des prestataires de services ?
C'est pourtant bien ce qu'implique un "service public" ; et c'est peut-être ce que veulent certains syndicats qui, sous couvert de vouloir nous mobiliser contre les réformes, donnent au ministre un blanc seing en utilisant une terminologie trompeuse qui fait perdre aux professeurs le sens véritable de leur mission.

L'EDUCATION N'EST PAS UN SERVICE PUBLIC !
Elle ne procède pas d'une logique de consommation, d'une relation entre clients et fournisseurs, comme c'est le cas pour l'eau, l'électricité ou le téléphone.
Elle est, en revanche, comme la justice ou la santé, une mission régalienne de l'Etat.
Elle est ce par quoi l'Etat garantit à chaque citoyen son droit inaliénable à l'instruction. Elle est un droit obligatoire, au même titre que la vaccination ou le respect des règles et des lois ; elle participe des droits qu'a acquis notre société civilisée pour se prémunir contre les épidémies, contre l'incivilité et l'ignorance.
On ne va donc pas à l'école comme on prend le train, comme on va à la poste ou comme on allume la lumière.
On y va pour devenir un citoyen responsable, capable de faire ses propres choix.
Ceux qui forment le futur citoyen ont des responsabilités d'une nature fondamentalement différente de celles des Fonctionnaires d'un service public. Et ce n'est pas l'élève, qui plus est, qui paye pour être instruit ou soigné : c'est la société solidaire, l'Etat, qui ne paie pas au même élève son billet de train, ni ses timbres, ni sa facture d'électricité ou de téléphone !

Aux Etats-Unis, où l'éducation de qualité est nécessairement privée et donc payante (dans les deux sens du terme), il y a bien longtemps que les professeurs des établissements publics doivent répondre aux besoins sociaux de leurs usagers (élèves et parents) en animant au lieu d'instruire, en complimentant au lieu d'évaluer, en craignant au lieu d'être craints. D'ailleurs comment pourraient-ils instruire et évaluer, être craints et respectés, eux dont les compétences, jugées inutiles, ont été remplacées par l'art de plaire ou de ne pas déplaire à leurs élèves ? Et nos collègues outre-atlantique ne peuvent que se taire, car ils savent que c'est pour ça qu'on les paye !
Est-ce bien ça que nous voulons  ?
Si nous persistons à dire, croire et faire croire que l'Education nationale est et doit rester un "service public" ( dont rien n'interdit a priori qu'il puisse être privatisé et donc livré à la concurrence (cf. France Telecom)) - au lieu d'une mission régalienne de l'Etat, alors oui, c'est bien ce que nous voulons !
C'est en tout cas ce que veut le ministre.

L'efficacité de la journée d'action du 16 mars 2000 (et du mouvement qui suivra) est en grande partie liée aux mots d'ordre des uns et des autres. Il convient dès à présent de comprendre ce pour quoi et ce contre quoi nous devons nous battre. Se tromper de cible ou de mot d'ordre pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l'avenir de notre système éducatif . Les enjeux sont tels que nous n'avons pas le droit de nous tromper.


Thierry Kakouridis, professeur agrégé d'anglais,
Serge Prosperi, professeur agrégé de mathématiques,
du SAGES