Les malheurs de l'├ęcole primaire

Les malheurs de l'├ęcole primaire

L'auteur de ces lignes, professeur agrégé, voulant éviter des ennuis à son conjoint professeur des écoles, préfère rester anonyme.

L'ancien corps des "instituteurs" est voué à disparaître d'ici très peu de temps. Tous les enseignants de maternelle et de primaire sont donc intégrés et désormais recrutés dans le corps des "professeurs des écoles". La carrière dans ce corps est équivalente à celle des certifiés. On assiste à une "poussée" vers ce corps, au niveau des concours, et à une élévation du niveau des diplômes des candidats, qui peut s'expliquer par deux raisons :

Un meilleur niveau des enseignants devrait logiquement conduire à une meilleure efficacité pédagogique. En fait, il n'en est rien, notamment parce que l'intervention des "gourous" des prétendues "sciences de l'éducation" dans la sphère de l'école primaire est de plus en plus pesante. On trouve ces personnels parmi les enseignants en IUFM et dans le corps des inspecteurs. Le principal problème est que parmi eux ne figurent quasiment jamais d'anciens enseignants du primaire. La situation est donc ubuesque :

La tâche des enseignants s'alourdit d'année en année :

Les enseignants sont donc surchargés et ne peuvent accomplir correctement leur travail de préparation et de correction.

Il importe d'affirmer haut et fort que la pédagogie doit valoriser la discipline, le sens de l'effort et le respect d'autrui, et que l'accent doit être mis sur les "fondamentaux" (français, mathématiques). Les approches pédagogiques récentes qui d'une part, reproduisant une attitude familiale de valorisation à outrance de l'enfant, mettent l'éléve au centre du système éducatif, et d'autre part accordent une importance grandissante à l'ego et à l'acquis culturel des enfants au détriment des savoirs, réduisent l'acte pédagogique à un jeu d'admiration mutuelle. En final les compétences acquises dans le système scolaire perdent du poids par rapport au niveau culturel hérité du milieu familial, favorisant ainsi la reproduction des structures sociales en place.


Un exemple.
L'idée que les langues étrangères doivent être enseignées dès l'école primaire n'est pas à priori stupide : plus les enfants sont jeunes, mieux ils mémorisent les structures phonétiques et grammaticales. Mais lorsque l'on fait dispenser cet enseignement à des gens qui ne sont pas spécialement formés pour cela, qui n'ont pas le niveau que peuvent avoir par exemple les professeurs de langues, on aboutit à un gachis. Il vaudrait mieux carrément faire regarder une fois par semaine un film en version originale sous titrée en français à nos chers bambins : ils en tireraient plus de profit, comme le font les jeunes neerlandais lorsqu'ils regardent leur télévision où un programme sur deux est en anglais.
Notons à ce propos la scandaleuse prétention des IUFM à "former" les professeurs des écoles à l'enseignement des langues avec un stage de quarante heures (!) et la non moins scandaleuse priorité donnée à ceux qui ont suivi le dit stage sur beaucoup de postes de primaire dits maintenant "à profil". Conséquences ahurissantes :
  • les enseignants un peu anciens qui veulent être mutés n'ont plus qu'une chose à faire : aller passer quarante heures dans le dit stage,
  • on se passe le "tuyau" maintenant chez les jeunes en IUFM : "fais le stage de langue si tu veux être bien affecté en sortant",
  • les plus honnêtes, qui se disent, sans doute à juste titre, "je ne suis pas capable d'enseigner les langues", sont pénalisés dans leur début de carrière !