Les agrégés ont longtemps connu des conditions de travail privilégiées, auprès d’une élite sociale et intellectuelle qui seule accédait aux lycées créés par Napoléon. Conditions de travail et niveau de salaire les tenaient éloignés des préoccupations de leurs collègues - simples répétiteurs ou enseignants du premier degré (presque tous “instituteurs” dispensant des “cours complémentaires”)- comme du paysage syndical, au point que, pendant des décennies, la Société des Agrégés a suffi à assurer, seule, la défense de leurs intérêts spécifiques.

En 1950 est créé le corps des professeurs certifiés, destiné à pourvoir à moindres frais aux besoins de l'enseignement en collège et en lycée. Les agrégés deviennent rapidement minoritaires, au sein des syndicats enseignants comme dans les établissements, à côté des PEGC et des certifiés (dont une large partie sera issue, sans concours, soit directement du corps des maîtres auxiliaires dans les années 70, au moment où l’accès de tous les élèves aux études secondaires obligeait l’état à construire un collège par jour, soit du corps des adjoints d’enseignement). Leur horaire statutaire et leur niveau de rémunération cessent alors d’être perçus par leurs nouveaux collègues comme la juste sanction d’études longues et d’une sélection rigoureuse pour être désormais considérés comme des "avantages" incongrus, voire des "privilèges" que les représentants syndicaux, en "bons républicains", se doivent… d'abolir.

La logique des syndicats majoritaires, égalitaristes et démagogues, et le principe inexact mais politiquement correct qui fait dire "à travail égal, salaire égal" vont faire peu à peu peser des sentiments de culpabilité sur les agrégés. Isolés, stigmatisés parfois, ils ne sauront réagir quand leurs légitimes prérogatives statutaires se verront discutées, puis réduites.