Le SAGES n'est pas seul à intervenir dans des domaines concernant les personnels qu'il défend, ce qui pose la question de ses relations avec les autres syndicats, et avec les associations dont le champ d'activité concerne principalement ou accessoirement les agrégés et les professeurs de chaire supérieure.

Les développements qui suivent répondent à des interrogations adressées à plusieurs reprises aux instances dirigeantes de notre syndicat.

Pour bien les comprendre, on devra garder à l'esprit que :



I ] Les relations avec les autres syndicats

Schématiquement, un syndicat peut se trouver dans trois situations distinctes à l'égard d'autres syndicats ou associations :

Le premier cas de figure n'appelle pas de commentaire particulier relatif aux élections et aux adhésions ; pour ce qui concerne les subventions, il s'agit un problème complexe dont bien des éléments demeurent à éclaircir, voire à découvrir, la manne offerte aux "gros" syndicats faisant l'objet d'une très volontaire discrétion de la part des pouvoirs publics et des organisations syndicales bénéficiaires elles-mêmes (dont le SAGES ne fait pas partie).

Les deux autres situations nous amènent à expliciter la nature particulière des relations que le SAGES entretient (ou n'entretient pas) avec les autres syndicats, ce qui nécessite que l'on précise au préalable les caractéristiques du paysage syndical dans lequel nous évoluons.


I-1) Différence de racines et de culture

Les autres syndicats enseignants proviennent tous d'un tronc originel commun, largement empreint de la culture syndicale ouvrière, et procèdent de mécanismes de scissions internes, plus ou moins anciennes.
Le SAGES, lui, a été fondé par des personnels non syndiqués, et avec une doctrine originelle se différenciant tant des syndicats de type ouvriers que des syndicats de type cadres.
Il en résulte une ségrégation à l'égard de notre syndicat, considéré par les autres comme ne faisant pas partie de la famille.

Cette mise à l'écart se traduit principalement par le fait que le SAGES n'a jamais été consulté a priori sur l'opportunité de mener une grève ou une manifestation, ou d'élever une protestation  ; il arrive seulement qu'on lui propose d'adhérer purement et simplement à ce qu'ont décidé d'autres, autrement dit de s'aligner ou de se déterminer sur des choix préétablis.

On pourrait penser que cet état de fait résulte aussi des effectifs modestes du SAGES, de son score électoral rapporté à l'ensemble des enseignants, de sa jeunesse ou son manque de notoriété : il n'en est rien.
En effet, même si le SAGES n'a jusqu'ici présenté de candidats que dans le collège électoral des agrégés, tant dans les instances du second degré que dans celles du supérieur, il parvient néanmoins à obtenir davantage de suffrages que n'en obtiennent au total et tous corps confondus des syndicats présentant pourtant des candidats dans pratiquement tous les collèges électoraux de l'éducation nationale.
En outre, le SAGES dépasse en notoriété et en activité (notamment et spécialement en matière de doctrine et d'action juridique) bien des syndicats considérés pourtant comme des poids lourds du paysage syndical.

En vérité, la mise à l'écart du SAGES résulte principalement de deux causes :

I-2) Légitimité et représentativité du SAGES aux yeux des autres syndicats

Pour les autres syndicats, le SAGES n'est pas légitime, puisqu'il n'est pas issu de leurs origines communes, lesquelles constituent en quelque sorte une AOC (appellation d'origine contrôlée).
Ils ne sauraient par ailleurs considérer le SAGES comme représentatif, notre syndicat ayant privilégié une approche catégorielle et ciblée quand les autres organisations se cantonnent à une approche globale et commune.

I-3) Relations différentes avec les adhérents

Le SAGES et les autres syndicats appréhendent fort différemment leurs relations avec leurs adhérents respectifs.

  1. Historiquement, le syndicalisme est né de la révolution industrielle, après des révoltes ouvrières.
    De ce contexte initial de lutte des classes, il est resté que les actuels syndicats enseignants considèrent l'ensemble des personnels comme un "peuple" à part entière.

    Il en résulte que ces syndicats :

  2. Le SAGES procède quant à lui d'une approche à la fois plus large et plus ciblée :
     
  3. Les professeurs venus d'autres syndicats rejoindre le SAGES ont fait le choix de notre organisation, non pour y imposer les conceptions et les pratiques de leurs syndicats originels, mais parce qu'au contraire, ils ne les acceptaient plus ; et ils ont fait leurs nos principes.
    Il faut espérer que les prochains transfuges procèdent de la même démarche, faute de quoi la création du SAGES n'aurait pas réalisé l'objectif poursuivi.
    Car, contrairement à la conception la plus répandue de la démocratie en matière syndicale en France : "Bien qu'il faille parfois subordonner les intérêts d'individus à ceux d'un groupe, la démocratie ne se ramène pas à la suprématie constante de l'opinion d'une majorité; elle commande un équilibre qui assure aux minorités un juste traitement et qui évite tout abus d'une position dominante" (CEDH, Young, James & Webster du 26 juin 1981).

    Concernant plus particulièrement les droits et libertés des individus, le SAGES repose sur les principes suivants :

I-4) Relations actuelles du SAGES avec les autres syndicats

On aura compris, à la lecture de ce qui précède, que les relations du SAGES avec les autres syndicats sont aujourd'hui peu développées.

Nous entretenons toutefois un partenariat, remontant à la fin de l'année 1999, avec le SIAES, syndicat académique (Aix-Marseille), cette collaboration se traduisant, par exemple, par des appels à voter réciproques, le SAGES n'étant candidat qu'aux CAPN et le SIAES qu'aux CAPA.

Nous ne dédaignons du reste aucune sollicitation, pourvu qu'elle nous semble fondée : le SAGES a répondu positivement à l'appel de syndicats concurrents le sollicitant pour pouvoir défendre juridiquement le droit à présenter une liste aux élections aux CAP : cette question, relative au pluralisme des candidatures aux élections aux CAP, mettait en cause le principe même de la liberté et de la démocratie syndicales, et bien que le SAGES ait échappé lui-même aux dispositions législatives les plus attentatoires à la liberté syndicale, la nature des enjeux lui interdisait de s'en désintéresser.



II ] Les relations avec les associations

Plusieurs associations ont joué et jouent encore un rôle privilégié pour les corps des professeurs agrégés et de chaire supérieure, et il importe de comprendre pourquoi (II-1).
La préférence, active ou passive, de la grande majorité des agrégés pour ces associations explique dans une large mesure que le terrain syndical se soit développé sans les agrégés, puis contre eux (II-2).
Malgré leur utilité, ces associations ne peuvent suffire à défendre les professeurs agrégés et de chaire supérieure (II-3).
Enfin, la coopération du SAGES avec certaines d'entre elles pourrait être constructive, mais elle se heurte à nombre d'obstacles de différentes natures (II-4).

II-1) La situation des agrégés il y a une quarantaine d'années explique le rôle privilégié joué par certaines associations de professeurs agrégés

Des associations jouissent d'une situation privilégiée dans le milieu des professeurs agrégés et de chaire supérieure, alors que l'on ne retrouve pas l'équivalent pour les autres catégories d'enseignants.

Cela s'explique par la situation des agrégés il y a une quarantaine d'années.
Replaçons-nous à cette époque :

II-2) Une dégradation de la situation des agrégés mal appréciée et mal combattue par ces associations

Ce qui constitue aujourd'hui une aberration juridique, disciplinaire, universitaire et budgétaire, à savoir plus de 8000 agrégés en poste en collège avec, dans le même temps, plus de 6000 certifiés affectés dans le supérieur, est pourtant devenu progressivement une norme administrative et syndicale.

C'est que l'abaissement subi par le professeur agrégé (statut, rémunération, considération, position) et la dégradation du concours d'agrégation (qui peut être obtenu désormais - par l'instauration massive des listes d'aptitude - sur des critères étrangers à la compétence disciplinaire et universitaire) n'ont pas été bien évalués à temps, ni suffisamment combattus :

Plusieurs de ces associations se trouvent d'ailleurs victimes aujourd'hui de ce que,

Le décret Allègre de 1998 sur la révision du mode de paiement des heures supplémentaires des professeurs de CPGE illustre, hélas, cet état de fait :
- les professeurs de CPGE ont découvert tardivement leur infortune, qui a servi de monnaie d'échange à des syndicats où les agrégés sont minoritaires,
- tant la structure administrative et juridique de leurs associations que leur impréparation à un conflit, puis leur dépendance vis-à-vis des syndicats auxquels ils se sont adressés, les ont placé dans une situation d'impuissance, alors que leurs effectifs et leurs moyens financiers étaient considérables.

II-3) Les associations à elles seules ne peuvent suffir pour la défense des professeurs agrégés et de chaire supérieure

On ne peut nier le caractère représentatif de certaines des associations attachées à la préservation d'un titre (celui d'agrégé par exemple) ou à la défense d'un cadre d'enseignement spécifique (les CPGE par exemple) : leurs effectifs sont nombreux, et les positions qu'elles expriment assez largement partagées.
Il convient toutefois, de faire observer que bon nombre de leurs adhérents le sont souvent en raison de l'utilité et de la qualité des informations qu'elles diffusent - administratives ou relatives aux disciplines-, ou encore parce qu'il leur apparaît que l'appartenance à de telles associations est l'unique moyen de défendre le caractère intellectuel de la profession, nié par la majorité des syndicats enseignants.

Mais ces associations ne disposent pas de structure véritable en matière de défense des droits et des intérêts de la profession.

En réalité, c'est la structure syndicale qui est la mieux appropriée à cette défense : elle dispose d'une pleine capacité juridique, et de la possibilité de mesurer son audience à l'occasion d'élections, d'avoir des représentants dans différents organes statutaires, de bénéficier de décharges syndicales...

C'est la raison pour laquelle le SAGES a été créé et qu'il est désormais la seule organisation qui peut, simultanément  :
- présenter des candidats à la CAPN des agrégés et au CNESER
- défendre efficacement les intérêts collectifs et individuels des professeurs agrégés et de chaire supérieure

II-4) Coopération avec les associations

  1. La question de la coopération ne se poserait pas si le SAGES, fort des compétences et du savoir-faire qu'il a acquis, était, en plus, doté des effectifs et du patrimoine dont disposent certaines associations :
     
  2. Le SAGES, syndicat jeune, est toutefois encore modeste, en nombre et en moyens matériels.
      Il n'est donc pas absurde qu'il envisage d'agir de concert avec des associations avec lesquelles il a des positions communes.
     
  3. Et, de fait, le SAGES, peu après sa création, s'est adressé à deux associations, l'une généraliste, l'autre disciplinaire, et à leurs adhérents : la démarche des fondateurs du SAGES de créer un syndicat de professeurs agrégés et de chaire supérieure leur paraissait à ce point nécessaire, qu'ils ne doutaient pas de ce que cette nécessité dût s'imposer pareillement aux dites associations, qu'elles se sentent en devoir de soutenir le développement de notre syndicat.

    Cette démarche s'est cependant heurtée à différents obstacles :

    C'est ainsi que les propositions d'actions communes émanant du SAGES ont toujours reçu de ces associations des fins de non-recevoir, alors qu'il eût paru naturel qu'elles agissent en sorte de favoriser le développement de notre syndicat en faisant connaître sa doctrine et ses revendications, et en appelant à voter pour lui aux élections professionnelles.

    Et c'est ainsi qu'au lieu d'être l'interlocuteur syndical privilégié d'associations dont il est le seul à partager certaines positions et à les défendre réellement, le SAGES y est tabou (même lorsque ses analyses et ses propositions concernant les PRAG sont reprises quasiment mot pour mot dans certaines publications).

  4. Le SAGES, de son côté, ne perd jamais de vue l'efficacité générale.
     
  5. S'il n'existe pas actuellement d'action coordonnée entre le SAGES et telle ou telle association, on ne peut nier qu'ils puissent s'influencer mutuellement.

    Il arrive que le SAGES et telle association expriment des analyses ou des revendications qui sont proches, ce qui peut, et c'est tant mieux, en augmenter l'impact.
    On ne saurait dans le domaine privilégier les droits d'auteurs, l'antériorité ou l'originalité des points de vue, ce qui prohibe en principe les accusations réciproques de plagiat (sans dispenser pour autant qu'on s'interroge la sincérité ou simplement l'opportunité de telle ou telle prise de position).

    De plus, le SAGES, on l'a déjà vu, tient compte de ce qui est dit et réalisé au sein d'autres organisations, ou bien pour en tirer profit au bénéfice de l'action syndicale, ou bien pour l'améliorer grâce à son savoir-faire propre.

III] Conclusion et perspectives.

La question de la coopération avec les autres syndicats enseignants d'envergure nationale ne se pose pas pour l'instant, sauf en de rares et ponctuelles occasions.

Pour ce qui concerne les associations, il convient qu'elles reconnaissent au préalable le SAGES pour ce qu'il est, à savoir une organisation syndicale dont le propos et les compétences sont différents tant de ceux d'une association que de ceux des autres syndicats de professeurs.

Nous souhaitons qu'elles fassent alors des choix cohérents en matière syndicale, de sorte que leurs membres cessent de renforcer les syndicats qui défendent des intérêts contraires aux leurs, en y adhérant, en votant pour leurs listes, ou simplement en ne s'engageant pas.